La renaissance et la reconstruction de Peyresq (1952-1980)

Les guerres et l’exode rural vers une Côte d’Azur en développement vidèrent inexorablement les villages des hautes vallées où depuis tant de siècles des familles résignées avaient perpétué une civilisation agropastorale solidaire. Les maisons abandonnées étaient de plus en plus menacées, le poids de la neige écroulant les toitures, le gel déchaussant les murs.

C’est ainsi qu’en 1952, après avoir parcouru les 4 km de la route sinueuse qui ne mène que là, Georges Lambeau, architecte, découvrit Peyresq encore habité par le maire et sa petite famille, quelques moutons, autant de chèvres, des murs lézardés et de nombreux toits effondrés. Dépeuplé mais non abandonné.

Il était directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Namur et cherchait un mas pour ressourcer périodiquement ses étudiants. Il tomba sous le charme de ce village perdu dont le bois de mélèze des rares toits restés intacts et les murs de pierre rude se confondaient avec la roche grise d’où ils étaient issus. Parmi la cinquantaine de bâtisses que connu le village, seules quelques-unes tenaient encore fragilement debout.

S’il est immédiatement séduit par ce site à l’agonie, Georges se sent aussi comme investi d’une mission : ne pas laisser mourir Peyresq. Mais ce projet dépasse ses moyens. Aussi, dès son retour en Belgique, il fait part de son entreprise naissante à un ami bruxellois, Toine Smets, épris d’humanisme et de rencontres internationales, dont il connaît les attaches avec l’ensemble du monde universitaire. D’emblée, c’est l’enthousiasme.

Tous deux décidèrent d’unir leurs efforts tant financiers que techniques, pour reconstruire Peyresq, dans le but d’y réunir des étudiants, artistes et scientifiques, en un foyer d’humanisme rayonnant.

Au printemps suivant, la visite de Peyresq fut décidée. Georges, accompagné de Toine et sa femme Mady Smet-Hennikine, sont accueilli sur la place par le Maire Joseph Imbert. Cette visite conforte l’idée de départ de reconstruire ce village et d’en faire un lieu de rencontre humaniste international. Dès juillet 1953, une petite équipe de l’Académie de Namur arriva à Peyresq dans une camionnette bien remplie et entreprit courageusement de déblayer le sol d’une des maisons encore debout, mais couverte par le souvenir du passage de milliers de moutons.

En 1954, la camionnette d’Elise Lambeau embarqua un voyageur sur la route de Digne, Pierre Lamby, jeune architecte et l’emporta jusqu’à Peyresq. Pierre embrassa le projet et devint l’architecte de la renaissance du village, appuyé par un jeune entrepreneur local, René Simon. L’architecte guida la reconstruction en respectant les principes et les matériaux de l’architecture provençale, conservant ainsi l’aspect originel du village.

Pour encourager et réaliser le projet de bâtir ce foyer d’humanisme et international, les pionniers, Georges et Toine, jugèrent nécessaire de constituer une ASBL, dénommée Pro-Peyresq, ayant pour tâche de guider la reconstruction du village afin de converger vers les objectifs fixés. L’acquisition des ruines et des maisons aux toits effondrés apparut rapidement comme un impératif urgent. Nos pionniers donnèrent le coup d’envoi, en s’entourant de nombreuses forces vives, notamment Jacques et Jacqueline Waefelaer.

Le président Toine Smets fut un mécène persévérant. Il permit entre autres l’achat des premières maisons, dont il fit don par la suite à l’Union des Anciens Etudiants de l’Université Libre de Bruxelles en échange de bourses de séjour en faveur des étudiants participant à la reconstruction du village de Peyresq, ce qui contribua à la réussite du projet.

Nos deux pionniers furent rapidement suivis par les étudiants dynamiques qui entraînèrent leurs groupements : de l’Université Libre de Bruxelles d’abord, de Gembloux, de la Faculté Polytechnique de Mons, de Liège, et l’Association des Tables Rondes. L’Académie de Bruxelles rejoignit les étudiants de l’Académie de Namur, présents dès le départ.

Si bien que Peyresq trouva sa formule de survie, une fédération de groupes. Chaque groupe étant propriétaire de sa ruine, la relevait à son rythme, à condition de suivre les conseils avisés de l’architecte et du maçon, René Simon.

S’il est difficile d’imaginer aujourd’hui cette reconstruction du village de Peyresq, outre Georges, Elise, Toine, Pierre, René et les étudiants-bâtisseurs, il faut aussi rendre hommage à toutes les bonnes volontés qui supportèrent ce projet avec enthousiasme : secrétaires, trésoriers, économes, chefs de chantier, animateurs, cuisiniers, administrateurs, ainsi que les autorités administratives communales, régionales, départementales… qui firent confiance aux bâtisseurs de Peyresq.

C’est bien la raison profonde qui, depuis 1954, a engendré la longue suite de petits et grands miracles qui permirent à Peyresq de renaître, de vivre et de rayonner.

Aujourd’hui, les peyrescans de souche, les bâtisseurs et chaque nouveau peyrescan forment la nouvelle communauté villageoise, revivifiée par la civilisation des loisirs et la bénéfique activité d’une communauté universitaire belge.